Campagnes solidaires est le mensuel de la Confédération paysanne, engagé avec les paysans et les acteurs du mouvement social dans l'émergence d'autres mondes possibles.
C'est un point de ralliement pour ceux qui veulent comprendre les réalités de la vie et des luttes paysannes dans le monde et ici en Europe.
C'est aussi un espace pour ceux qui veulent s'exprimer sur ces réalités et la manière d'agir sur elles.
Informer, c'est contribuer au débat sur les sujets de société tels que les OGM, la sécurité alimentaire et la mondialisation...
Campagnes Solidaires, notre, votre journal, tente chaque mois de restituer les résistances et les espoirs de ces luttes. Nous avons besoin de vous pour continuer ce combat.
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EditorialRésister
Nous vivons le deuxième confinement de l'année 2020 et il n'est pas aisé d'avoir une réaction simple par rapport aux mesures qui nous sont imposées pour lutter contre la pandémie, quand bien même Hippocrate a écrit que « le médecin doit à tout prix éviter le remède si le remède nuit à son patient ».
Oui, cette nouvelle maladie n'est pas plus tueuse que la pollution ou les cancers, et les chiffres dont on nous inonde quotidiennement ne permettent pas d'objectiver la situation sanitaire.
Oui, une alimentation de qualité, et donc l'agriculture paysanne, est un moyen de s'en préserver en réduisant les pathologies et en développant nos capacités immunitaires.
Oui, comme beaucoup d'entre vous, nous nous inquiétons de cette gestion de la pandémie qui, en n'intégrant que les seuls critères sanitaires et économiques, entraîne un recul de la démocratie, un affaiblissement de nos relations sociales, la fragilisation des personnes âgées coupées de leur famille, la mort à petit feu des milieux associatifs, sportifs, culturels ; bref, la négation de tout ce qui nous responsabilise, nous émancipe, donne du sens à notre vie, fait notre humanité.
Oui, investir dans l'hôpital public est une nécessité à laquelle nos gouvernements ont renoncé depuis trop longtemps et doit donc nous mobiliser avec l'ensemble du mouvement social.
Mais vu l'afflux important de malades nécessitant des soins urgents et l'incapacité hospitalière à répondre à toutes et tous sans devoir accepter l'inacceptable - laisser mourir des personnes faute de soins suffisants et imposer au personnel soignant la terrible pression du tri des patient·es - nous préférons, faute de mieux, accepter ces reculs temporaires tout en restant lucides sur les leviers politiques et économiques à engager urgemment pour ne plus jamais revivre ça, et surtout empêcher une atteinte permanente à nos libertés.
Cela ne signifie pas pour autant se laisser imposer sans lutter les choix de production et de consommation tournés de manière unilatérale vers une industrialisation de plus en plus prononcée, inacceptable et à terme beaucoup plus mortifère.
Résister, c'est continuer à faire notre travail syndical de lutte, de réflexion et de production d'idées nouvelles à même de construire une autre façon de vivre, produire et faire vivre nos pays malgré les obstacles et malgré les dissensus ou divergences de lecture concernant la gestion de cette crise.
Résister, c'est continuer à projeter des réunions, des actions, des formations malgré les risques d'annulation. Se censurer serait faire le jeu du gouvernement qui, depuis le début du mandat présidentiel, profite de toutes les occasions pour discréditer et amoindrir les contre-pouvoirs, élu·es locaux, parlementaires, partis politiques, syndicats, monde associatif...
Résister, c'est avoir la capacité d'évaluer les risques, de choisir sa façon de s'y exposer ou non, tout en respectant les autres.
Le secrétariat national de la Confédération paysanne
(Denis Perreau, Jean-François Périgné, Véronique Marchesseau, Nicolas Girod, Damien Houdebine)
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