COMMUNIQUE DE PRESSE

Aide apicole : le ministère de l'Agriculture à côté de la plaque

15.10.2018

Après une forte mobilisation des apicultrices et apiculteurs sinistrés dès le début du printemps, après plusieurs manifestations organisées par la Confédération paysanne, l'UNAF et la FFAP, le Ministre de l'Agriculture avait enfin daigné se pencher sur le problème des mortalités hivernales apicoles massives et débloquer une enveloppe de 3 millions d'euros. Restait à définir les modalités de cette aide.

Celle annoncée est une aide à l'achat d'essaims, qui nécessite un investissement pour les apicultrices et apiculteurs pour le reste à payer. Une absurdité pour les plus touchés car leur trésorerie est au plus bas, voire négative. Les apicultrices et apiculteurs sinistrés n'ont pas attendu pour réagir : leur premier réflexe a souvent été de développer l'auto-renouvellement, coûteux en temps de travail mais plus économe.

Or, nous avions demandé que l'aide de crise soutienne l'auto-renouvellement des apicultrices et apiculteurs ayant eu des mortalités massives. Le Ministre de l'Agriculture a fait la sourde oreille, arguant du fait que les pièces justificatives pour l'auto-renouvellement ne pourraient être assez robustes.

Résultat : cette enveloppe de crise ne servira pas aux plus démunis. Le comble c'est qu'elle risque de ne pas être entièrement consommée. Pire, les apicultrices et apiculteurs bretons, les plus mobilisés depuis la sortie de l'hivernage, n'auraient pas le droit de voir compléter leur dispositif régional par l'enveloppe nationale.

Doit-on comprendre qu'il n'y a pas de volonté politique à reconnaître la capacité des apicultrices et apiculteurs à élever leurs propres reines, à développer leurs propres essaims, à faire leur propre sélection et donc à tenter de construire des systèmes résilients ? Les préfère-t-on dépendants des marchands d'essaims, de l'environnement agricole, des négociants ?

Alors que ces mortalités hivernales ont montré les limites des dispositifs de suivi et d'objectivation des causes de mortalité des abeilles, nous attendions également un geste fort pour que l'ensemble des causes soient recherchées. La prise en charge des analyses par l'État soutiendrait en effet les apicultrices et apiculteurs dans leur activité.

La construction de cette pseudo-aide d'urgence illustre le manque persistant de considération portée aux problématiques apicoles. Même avec l'interdiction des néonicotinoïdes, la volonté politique est encore insuffisantepour trouver des solutions durables à la sous-production chronique de produits apicoles. Sans cela, il n'existe aucune garantie que ces pertes ne se reproduisent pas les hivers prochains.


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